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Amour et Popotin d'Esparbec
Posté le 15/10/2007

En résumé
Amour et popotin ou la
vie sexuelle d'une grande famille bourgeoise.

Au sein d'une grande famille bourgeoise du Sud-Ouest, Victorine, la bonne, passe de mains en mains et de lit en lit. Madame, le mari de Madame, la soeur de Madame, le frère de Madame (un singulier médecin), la fille de Madame, le fiancé de la fille de Madame, les amies de Madame et de la fille de Madame, sans oublier Gustave, le secrétaire de Monsieur et l'amant de Madame, ni Léon, le vigile, tous ces gens-là, et j'en oublie, vont faire de la lubrique petite bonne leur « poupée sexuelle » (comme on dit dans les livres de gare). Seulement, ce n'est pas si simple... Et si tous ces «maîtres» n'étaient finalement que les « esclaves » de leur «esclave» ? Et Victorine, la drogue dont ils ne peuvent plus se passer ? « Je suis la première à reconnaître que je suis tordue », déclare l'héroïne du nouveau «roman pornographique» d'Esparbec. Mais vous en connaissez beaucoup, vous, des gens qui ne sont pas tordus, sexuellement parlant? Le sexe, c'est seulement quand c'est tordu que ça donne de vraies satisfactions, vu qu'il n'y a rien de plus emmerdant, quand ça ne l'est pas.

L'auteur
Esparbec, écrivain spécialiste des romans érotico-pornographiques, en a écrit beaucoup, tels : "Monsieur est servi", "Amour et Popotin", "Les Mains baladeuses", "La Foire au cochons", ...

Extraits

"Je vais vous raconter comment j'ai rencontré l'amour en devenant la putain d'une riche famille bourgeoise du Sud-Ouest.

À quinze ans, on m'avait renvoyée du collège d'Agen où j'étais pensionnaire parce qu'on m'avait surprise dans le lit d'une autre fille. Mon père était mort depuis un an, sa veuve, ma belle-mère, profita de ce petit scandale pour se débarrasser de moi en me plaçant comme femme de chambre à Villeneuve-sur-Lot, chez une de ses amies d'enfance, Mme Bergeret.

Elle ne m'avait pas laissé grand choix ; c'était ça ou fille de ferme dans la propriété de son frère. Plutôt que de me salir les mains à remuer du fumier, j'ai donc opté pour la carrière de bonne. Car, en dépit du terme ronflant et désuet de « femme de chambre », je ne nourrissais aucune illusion, c'était bien de faire la bonniche chez des « gens de la haute » qu'il s'agissait.

M. Bergeret étant le député de la région, et le frère de sa femme, le Dr Lépine, tenant le haut du pavé parmi les médecins de Villeneuve, je m'étais dit qu'en me frottant à ce beau linge j'aurais l'occasion d'apprendre les bonnes manières. Une fois formée, mon rêve était de monter mener la grande vie à Paris. Je vous rappelle que je n'avais que quinze ans et qu'à part les touche-pipi de pensionnaires je ne connaissais encore rien à rien. À ce jour, mon cœur n'avait battu que pour les romans de gare que nous lisions en cachette, dans le dortoir, et pour les sales caresses que nous y échangions, une fois que nous nous étions bien échauffées avec, passant d'un lit à l'autre avec des rires étouffés et un énervement des sens que rien ne pouvait apaiser. Lorsqu'on me renvoya, je n'ignorais plus rien de ce qu'on peut faire entre filles, mais je n'avais encore jamais approché un garçon ; naïvement, je me croyais le sang chaud ; ce que je ne savais pas encore, c'est que j'étais putain dans l'âme.

Mon séjour à Villeneuve allait m'ouvrir les yeux."


"J'arrivai chez les Bergeret à la fin d'une belle journée de mars. J'étais venue d'Agen par le car, et de la gare, comme je n'avais pas de quoi payer un taxi, je mis un bon quart d'heure pour me rendre à pied à l'adresse qu'on m'avait donnée. Comme mes valises étaient lourdes, j'étais en sueur quand j'atteignis enfin le bord du Lot où se dressait « Le Bertranet ». Je fus très impressionnée en voyant cette grande bâtisse à pignons qui dominait la rivière. Un vaste jardin planté de tilleuls et de rosiers la protégeait de la curiosité des passants. Il n'y en avait guère, d'ailleurs, dans cette rue résidentielle où ne stationnaient que les voitures des riverains, tous gens riches, jaloux de leur intimité. Luxe suprême, on y voyait en permanence un vigile, un ancien militaire à la retraite, M. Léon, chargé de veiller sur la tranquillité du lieu en tenant à distance les trimardeurs et les quêteurs en tous genres. On l'employait aussi à de menues corvées, comme vider les poubelles, tondre les pelouses, laver les voitures et désherber les jardins. Il logeait au fond de l'impasse, au rez-de-chaussée d'un ancien moulin à vent transformé en pigeonnier dont le propriétaire lui abandonnait la jouissance ; il y vivait seul, dans une pièce qui ne faisait pas dix mètres carrés, et ne semblait pas mécontent de son sort.

Il était en train d'astiquer une Porsche quand je posai mes valises devant le portail que dissimulait en grande partie le feuillage d'une glycine. Je fouillai parmi les feuilles pour trouver la chaîne de la clochette, et je tirai dessus. Le son grêle trembla longuement dans le silence de l'après-midi. Je sentais l'odeur fade de la rivière toute proche ; j'avais froid, tout à coup, parce que j'étais maintenant immobile dans l'ombre de la glycine. À aucun moment le vigile ne se méprit ; à cause de mon jeune âge, j'aurais pu être une amie d'Edwige Bergeret, la fille de la maison, venue lui rendre visite ; mais son œil sagace décela d'emblée la valetaille, et il me tutoya sans hésiter.

- N'aie pas peur de la secouer, si tu veux que Madame Fernande t'entende. À cette heure, elle prend son bain de soleil sur la terrasse, du côté de la rivière.

J'entendis grincer le cuir de ses bottes alors qu'il venait se placer derrière moi. Rageusement, je secouai la clochette. Je savais qu'il regardait mon cul ; datant de l'année précédente, la robe d'été que je portais, mouillée de sueur, y adhérait de façon exagérée ; en un an, ma croupe et mes seins avaient pris de l'embonpoint et les yeux des hommes s'allumaient souvent en se posant dessus.

Secouant la clochette, je sentis une flèche de tiédeur naître au creux de mes reins. Je me disais qu'il devait voir ma culotte à travers l'étoffe. Je l'entendais siffloter entre ses dents tout en secouant le carré de chamois avec lequel il avait poli la voiture.

- Voilà, voilà ! cria enfin une voix, dans les profondeurs de la maison. Inutile de faire ce tintamarre ! Je ne suis pas sourde !

Le vigile ricana et ses pas s'éloignèrent.

Une femme arrivait entre les arbres, vêtue d'un peignoir de plage rouge, en tissu éponge. Grande, élancée, environ quarante ans, très brune de cheveux, visage dur, osseux, grosse bouche sensuelle, avec un air d'amertume et d'insatisfaction. Encore maintenant, je suis incapable de dire si elle était belle ou laide ; dès que je la vis, elle me rappela une pionne d'internat que nous redoutions pour sa cruauté froide et doucereuse et la peur me pinça le ventre. Elle me dévisagea sans aménité à travers les barreaux. Je lui trouvai un air si égaré que je me demandai si elle n'était pas folle. Ce n'est que lorsqu'elle m'eut ouvert et que je sentis son haleine que je compris qu'elle était ivre. Elle claqua la porte de métal derrière moi et lança un coup d'œil dans la ruelle. Le vigile nous tournait le dos et polissait avec véhémence le capot de la voiture.

- Eh bien, avance, me dit « Madame ». Ne reste pas plantée comme une asperge. Allons de l'autre côté... il y a encore du soleil...

Je pris mes valises et la suivis. Nous contournâmes un bassin empli de feuilles mortes, et gravîmes un escalier de briques usées par le temps pour rejoindre une terrasse qui surplombait la rivière. Le soleil, très bas, n'allait pas tarder à se coucher. La surface du Lot reluisait comme du cuir neuf. Une barque y laissait un long sillage mordoré. Il y avait deux chaises longues, des journaux de femmes éparpillés sur une natte, une table de métal encombrée de cendriers, de bouteilles et de verres. Un des verres était marqué de rouge à lèvres.

Nous passâmes de là dans une vaste pièce qui sentait la cire. Des meubles anciens luisaient dans la pénombre. Une des distractions de Fernande Bergeret consistait à courir les brocanteurs et les antiquaires. Elle achetait, revendait, c'était un perpétuel déménagement, activité que son député de mari, la trouvant nuisible à son renom, ne voyait pas d'un bon œil.

La cuisine qu'on me montra ensuite était dans un désordre épouvantable. Des piles d'assiettes sales dans tous les coins, certaines posées par terre. Des torchons éparpillés au dos des chaises, plusieurs sacs poubelle amoncelés contre un Frigidaire.

- Eh oui, fit Madame, tu as du pain sur la planche. Tu as bien fait de venir plus tôt que prévu. Il faut que tout soit nickel d'ici ce soir. Suis-moi, je vais te montrer ta chambre.

C'était au deuxième étage, sous les combles, une petite pièce mansardée, très propre, presque coquette. Outre le lit à une place, il y avait deux placards de rangement, une armoire à glace, un lavabo et une douche derrière un rideau. La lucarne donnait sur la rivière, on avait vue de là sur la rive opposée et une bonne partie de la ville. Derrière le rideau, dans le bassin de la douche, un bidet portatif était juché sur un trépied. Une serviette propre était pliée dessus. Assise sur le lit, Fernande Bergeret m'observait ; le bas de son peignoir s'était ouvert, mais elle ne parut pas y prendre garde. Elle avait de belles cuisses charnues, couleur de pain d'épice.

- Tu t'étonnes de trouver tout aussi bien rangé après le bordel que tu as vu en bas. C'est que j'ai pris la peine de préparer ta chambre moi-même. Je pensais que tu arriverais à la nuit, je ne voulais pas que tu aies à faire ton lit.

Elle bâilla nerveusement. Et sur le même ton agacé, elle ajouta :

- Je sais pourquoi on t'a renvoyée. Ta belle-mère ne me l'a pas caché.

Ce fut comme une gifle. Mes joues devinrent brûlantes et j'eus dans la poitrine la même impression de vertige atroce que lorsque la surveillante nous avait découvertes enlacées tête-bêche ma copine et moi. Je ne savais plus où me mettre. Sur l'épaisse bouche de Fernande Bergeret flottait la grimace amère qui lui tenait lieu de sourire. Ses yeux se repaissaient de ma rougeur.

- J'espère que tu sauras te tenir, ici ; j'ai une grande fille, pas question de lui fourrer en tête de sales idées...

Elle vint vers moi. À nouveau, je sentis l'odeur de l'alcool sur ses lèvres.

- Je n'aime pas beaucoup les lesbiennes, dit-elle. En général, ce sont des sournoises et des voleuses. J'espère que tu feras exception à la règle. Sinon, gare..."

Le Livre 

Livre sorti en Septembre 2006 - Edition La Musardine

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